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Service militaire de Jean-Claude 1965 - 1966

Auteur : Jean-Claude

CFM Hourtin

En 1965, le service militaire obligatoire brassait toute la jeune population de notre pays. C'est ainsi que le 1er septembre, je me suis retrouvé au Centre de Formation Maritime de Hourtin, près de Bordeaux, pour faire “mes classes”.

Escorteur d'escadre "Duperré" D633

En octobre de la même année je quittais Hourtin pour Brest. Après un court passage sur l'Escorteur d'Escadre “Duperré” (D633), j'ai été affecté, comme conducteur, à l'Etat-Major de l'Escadre qui était embarqué sur l'Escorteur d'Escadre “Surcouf” (D621).

Escorteur d'escadre "Surcouf" D621

Mon travail consistait à aller chercher les Officiers chez eux le matin et les ramener le soir. Entre temps j'étais à la disposition du service. Lorsque l'Escadre appareillait j'occupais les fonctions de planton au PC des Transmissions et comme le reste de l'équipage, je faisais le “quart à la mer”. Les sorties en mer étaient ponctuées d'exercices notamment des Casex (chasse aux sous-marins) et aussi des ravitaillements à la mer (RAM). Le tout était assorti de “Postes de Combat” inopinés de jour comme de nuit. Quasiment toutes les sorties en mer se faisaient dans le golfe de Gascogne où le temps est rarement clément.

En mer, les journées commençaient à 6h 30 avec le “Branle bas” joué au clairon et répercuté dans tout le bord par des haut parleurs. Le “poste de lavage” succédait au “petit déjeuner de l'équipage”. Les quarts de nuit se faisait de 20h à 0h00, de 0h00 à 4h et de 4h 00 à 8h 00. Les repas étaient pris à la cafétéria mais lorsque le temps était mauvais il y avait peu de candidats à se restaurer !

Je dormais au poste 1 c'est à dire à celui qui est tout à l'avant du bâtiment. Nous y étions une trentaine logés dans des bannettes à 3 étages. Contrairement aux autres postes, il n'y avait pas les relents de fuel, mais les effluves du magasin de cordages et de peinture situé à l’extrême avant et les odeurs de la viande qui décongelait à même le sol, au milieu des caisses de fruits ou de légumes, en attente d'un départ à la cuisine……Nous étions en toute proximité de la “cambuse” là ou se trouvait entreposé le vin !

Sur le Surcouf, j'ai eu l'occasion de faire la “croisière noire” qui nous a mené aux Canaries, en Mauritanie à Port Etienne (aujourd'hui Nouadhibou) et au Sénégal à Dakar. Au retour, nous avons fait escale à Lisbonne puis en Espagne à El Ferrol del Caudillo et à la Corogne. Lors du retour vers Brest, une manoeuvre avec diverses Marines de l'OTAN avait été planifiée mais compte tenu de la météo épouvantable, elle a été abrégée. Je me souviens que, dans le golfe de Gascogne, l'indicateur de gîte avait indiqué 35° bord sur bord, c'est à dire une amplitude de roulis de 70°, sans compter le tangage avec des creux de 10 à 15 mètres…..je n'étais pas fier ce jour là, mais je n'étais pas le seul ! !…..

Une courte vidéo sur la Frégate “Latouche Treville” donne un aperçu de ce que l'on peut ressentir dans le Golfe de Gascogne. (voir)

Escorteur d'Escadre "Chevalier Paul" D626

En avril 1966, l'Etat-Major de l'Escadre de l'Atlantique embarquait sur le “Chevalier Paul” (D626) avec à sa tête le Vice Amiral d'Escadre La Haye. Sur le Chevalier Paul que nous appelions affectueusement “le Popaul”, j'occupais le même poste que sur le Surcouf et le même rôle en mer.

Courant avril, toute l'Escadre est partie pour la “croisière blanche” qui nous a permis de faire escale à Liverpool, Cherbourg et surtout Hambourg, qui a sans doute été ma plus belle escale. En effet, nous avons été chaleureusement accueillis par les Hambourgeois et j'y ai retrouvé une connaissance faite à Paris quelques temps plus tôt.

Cette escale était inscrite dans le cadre de la semaine française de Hambourg et à cette occasion, l'actrice Michèle Mercier (Angélique Marquise des anges) a fait une apparition remarquée sur le “Chevalier Paul”. Pour l’évènement, je me suis retrouvé Hallebardier à la coupée du bord.

Unanimement, nous avons quitté la cite Hanséatique avec plein de souvenirs et aussi des regrets…..

Jusqu'à la fin de mon service militaire, en janvier 1967, j'ai effectué quelques sorties en mer pour des exercices en particulier avec des bâtiments allemands, et notamment avec la Frégate “Karlsruhe”(voir). La veille de l'appareillage et le retour à Brest ont donné lieu à des témoignages de “Kamaraderie” franco-allemands ! Le match “aller” s'étant fait chez les Allemands avec de la bière. La rencontre du retour s'est déroulée sur notre bord, avec du vin…..voir ci-dessous….

En janvier 1967 j'étais rendu à la vie civile…..Mais, pour autant, je n'ai pas oublié mon passage dans la Marine pour lequel j'ai gardé d'excellents souvenirs même si la vie en mer n'était pas toujours facile.

Souvenirs, anecdotes :

La vie de 320 individus dans un espace aussi restreint qu'un bâtiment de guerre crée des liens et forge le caractère dans le respect des autres. Et quelquefois, il est des gestes que l'on ne rencontre que très rarement :

Ainsi, à Brest, étant chauffeur, j'avais entre autre mission, celle de porter les messages “urgents et confidentiels” au domicile des Officiers, de jour comme de nuit. Nous avions un Officier supérieur qui, à chaque fois que nous venions de nuit pour le service, nous faisait asseoir dans son salon et demandait à son épouse de nous préparer un café….Ce sont des choses que l'on n'oublie pas.

Egalement, lors de notre arrivée à Hambourg, je comptais sur un mandat de mes parents pour pouvoir aller visiter la ville. Or, de mandat il n'y eut point….Un Enseigne de Vaisseau du bord me croisant, me demanda pourquoi je n'étais pas “à terre” avec les autres… Surpris par mon explication, il m'a tendu un billet de 100 Francs (une fortune pour moi!) en me disant allez vite vous présenter comme “permissionnaire”. Ce geste me reste en mémoire…..

Pour aller “à terre”, on pouvait toujours compter sur un camarade pour nous prêter un col bleu ou un rayé propre, la tenue impeccable étant le sésame pour passer l'inspection des permissionnaires. Si la tenue n'était pas du goût de l'Officier de quart, nous devions retourner rapidement dans le poste ou attendre l'appel suivant….Bien entendu, la coupe de cheveux faisait aussi partie des critères de sortie…..

Les quarts de nuit étaient très éprouvants, surtout après une escale bien arrosée. Lorsque l'on devait aller réveiller la relève, c'était à la lueur de la faible lumière rouge qui indiquait la nuit dans les coursives. Lorsque l'heure arrivait, pénétrer dans la demie obscurité dans un poste de 60 matelots, devenait une mission difficile compte tenu, des mouvements du bâtiment, des odeurs de fuel, des occupants (60 sous-vêtements - 120 chaussettes ainsi que des repas mal digérés qui tapissaient le sol…) et de la crainte de ne pas réveiller la bonne personne et de se faire envoyer “aux pelotes”….

Plus amusant…..

Précédemment, sur le “Surcouf” lors d'une escale à Dakar, étant navire amiral, les cocktails diplomatiques étaient organisés à bord, sur la plage arrière. Nous étions “à couple” avec un autre escorteur et l'un des matelots mécano de permanence sur ce bateau, préférant regarder les invitées courtes vêtues qui déambulaient sur notre bord, a négligé son travail qui consistait à surveiller les manomètres et la pression d'une chaudière. En pleine réception, une explosion s'est faite entendre sur le bâtiment voisin et un nuage de suie s'est abattu sur une partie des convives majoritairement habillés en blanc ! Le “coupable” a prestement regagné son unité en toute discrétion et l'incident en est resté là…du moins je le crois.

Lors d'un retour vers Brest, nous avons fait escale en Espagne dans le port de El Ferrol. J'étais sur le pont lorsque un marin espagnol m'a interpellé pour me demander la permission de monter à bord. Il parlait un français impeccable et devant mon étonnement, il m'a précisé vivre en France depuis toujours, mais obligé de venir faire son service militaire dans son pays. la conversation amicale nous a permis de nous rendre compte que nous connaissions la même ville : Pithiviers (Loiret). Lui pour y résider, moi pour y passer mes vacances. Comme je remontais à Brest et que s'en suivait une permission, j'acceptais volontiers une lettre et un paquet pour ses parents. 3 jours plus tard, je sonnais à la porte de la famille. Ces derniers voyant un marin en uniforme se sont soudainement inquiétés, mais le courrier du fils de la famille les a mis dans une joie indescriptible et ça m'a beaucoup ému….

Ancien du "Chevalier Paul"

Tous ces souvenirs font que je retrouve avec plaisir, plaisir largement partagé, les anciens du “Chevalier Paul”. Nous avons tous beaucoup de nostalgie pour notre passage dans la “Royale” et en particulier pour notre vie à bord du “Chevalier Paul”, et nous nous réunissons autant qu'il nous est permis. Cet attrait pour notre ancien bâtiment et, les souvenirs qui s'y rapportent, étonnent toujours nos jeunes successeurs d'autant que la plupart d'entre nous étions “appelés”.

Frégate de défense aérienne "Chevalier Paul" D621

En 2008 à Lorient sur la nouvelle Frégate (troisième du nom - D621), puis en 2012 à Nantes, nous avons remis avec beaucoup d'émotion la fourragère du “Chevalier Paul” aux nouveaux embarqués. Cette distinction est en rapport direct avec la conduite de l'équipage du contre-torpilleur “Chevalier Paul” (premier du nom) qui s'illustra au cours de la seconde guerre mondiale. Il fut en effet torpillé le 16 juin 1941 au large de la Syrie, causant la disparition de 6 hommes….

Puis, la frégate est partie pour plusieurs missions extérieures quittant, en outre, Brest pour Toulon. Les Anciens ont continué a fréquenter le bord, à l'occasion de remises de fourragère ou encore, lors de visite des familles. Malheureusement, je n'ai jamais pu me libérer depuis 2008 pour témoigner mon affection au bâtiment et à son équipage. En juin 2015, à l'initiative du Pacha, les Anciens étaient invités pour “la sortie des familles”. C'est ainsi que Nadine et moi avons mis fin à une grande frustation en découvrant Toulon et l'arsenal abritant le “Chevalier Paul”. Nous avons passé une journée extraordinaire à bord, faisant connaissance,au cours d'une sortie en mer, avec un équipage ultra professionnel et une frégate pleinement opérationnelle.La “Royale” a bien changé depuis 1965….

personnes/jc/marine.txt · Dernière modification: 08/12/2015 18:23 par jc