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Julien Eck

Rédigé par Jean-Claude Pommereau, son petit fils.

Préambule : Il est bien difficile d'écrire quelques mots sur notre parent que nous n'avons malheureusement pas connu. Seules des photos et quelques souvenirs oraux, ou encore des informations puisées sur l'Internet, permettront de nous aider à faire sa connaissance.

Présentation

Julien Eck est le père de Suzanne Eck épouse Pommereau, il est né le 24 janvier 1878 à Vanves (92).

Enfance

De son enfance, nous ne connaissons rien, seul un cliché découvert dans son recueil de photos nous apprend qu'il a fait partie, comme la plupart des enfants de son âge, des Bataillons scolaires (*). Nous n'avons pas pu l'identifier parmi tous ces enfants en uniforme…..

(*) Les Bataillons scolaires ont été créés par Paul Bert en 1882. Ils avaient pour but de préparer la jeunesse à la revanche après la déroute de 1871. Cette défaite avait vu la France amputée de l'Alsace et de la Lorraine. Les élèves, âgés d'une dizaine d'années, étaient encadrés par leurs enseignants qui leur donnaient les rudiments de “l'ordre serré” et du tir. Les enfants portaient des uniformes et des armes adaptés à leur morphologie (des fusils Gras “scolaire” sur la photo). Les Bataillons scolaires seront dissous en 1892.

1914

En 1914 Julien Eck épousera en seconde noce Madeleine Lamotte qui lui donnera une fille, notre Maman Suzanne, née en 1915. La famille résidera 14, rue Sophie Germain à Paris dans le 14e (Près du parc Montsouris).

Portrait de Madeleine Lamotte

1914 - 1918

1914 sera aussi l'année du début de la Première Guerre mondiale. Julien sera mobilisé au 80ème Régiment Territorial avec le grade de Sergent major. Il sera fait prisonnier début novembre 1914 dans la région de Ypres (Belgique). Son Régiment avait embarqué à bord d'un train et lors de l'arrivée à destination, tous les soldats ont été “cueillis” à leur descente du train par les soldats allemands. Cet évènement sera vécu avec l'amertume d'avoir été fait prisonnier sans avoir tiré un seul coup de feu.

Les archives historiques du CICR (Comité International de la Croix Rouge) nous préciseront que Julien a été fait prisonnier le 10 novembre 1914 à Bischoote en Belgique. Julien passera le restant de la guerre comme prisonnier à Stendal (Saxe-Anhalt) , puis à compter du 4 septembre 1917 à Gardelegen (Brandenbourg).(*)

(Sur le cliché, Julien est debout, le deuxième en partant de la droite)

(*) le camp de Gardelegen comptait jusqu'à 12.000 prisonniers de plusieurs nationalités (Français, Belges, Russes et Anglais). Les prisonniers étaient logés dans des baraquements abritant 150 prisonniers chacun.Les journées étaient ponctuées par les “appels” et les repas que l'on imagine frugaux.

Comme l'indique cette adresse postale, Julien a également fait un séjour dans la petite ville hanséatique de Werben (Hansestadt Werben) qui se trouve à une trentaine de kilomètres de Stendal .

Pour passer le temps, les prisonniers se réunissaient par affinités et aussi par le partage d'activités. Ainsi, Julien s'est trouvé à jouer de la mandoline au sein d'un petit groupe d'autres prisonniers. Il ramènera son instrument en France.

(Julien est en arrière plan, au centre droit, avec une mandoline à demi cachée)

Le courrier servait de lien avec les familles. C'est ainsi que l'on sait que Julien a eu connaissance de la naissance de sa fille de Suzanne, qu'il évoque dans ce courrier adressé à son beau-frère.

Les prisonniers avaient été recensés par les Allemands (cf liste ci-dessous). Les noms avaient été communiqués par la Suisse et de ce fait ils pouvaient bénéficier de l'envoi de courrier, de colis et aussi d'aides envoyés par la Croix Rouge.

Pour Noël 1915, les prisonniers français ont reçu une trousse en tissu bleu portant, sur un liseré rouge, la mention : “Noël 1915 - le vêtement du prisonnier”. Dans cet étui se trouvaient du fil et des aiguilles qui permettaient de faire des raccommodages simples. Cet envoi avait été fait par “l'Agence des Prisonniers de Guerre” de la Croix Rouge Française dont l'adresse était 63 avenue des Champs Elysées. De nombreuses femmes confectionnaient bénévolement ces trousses et en assuraient le postage. La trousse est restée en l'état jusqu'à ce jour.

La vie de prisonnier se poursuivra encore jusqu'à la fin de la guerre, seul le courrier permettra de conserver un lien avec la famille.

Nous ne savons pas comment Julien Eck a terminé sa vie de captif, ni comment il est revenu à la vie civile. Il nous a légué son recueil de photos, vraisemblablement acheté en Allemagne avant son retour. Les documents trouvés à l'intérieur, ainsi que des recherches sur l'Internet, nous ont permis de rédiger cette narration, avec le souci majeur d'être aussi juste et précis que possible.

Julien employé de bureau

Julien exercera la profession d'employé aux écritures, avec la particularité d'avoir travaillé toute sa vie pour le même employeur à savoir : les Etablissements Judenstein, Manufacture de casquettes et de chapeaux, 71, rue du Temple (3e). Un temps, l'entreprise Judenstein a également été domiciliée 127, avenue Ledru Rollin (11ème);

Bien avant la guerre, il débuta avec Judenstein Père, pour ensuite travailler sous la direction de son fils Henri Judenstein et de son cousin Lazare. Durant la deuxième guerre mondiale, Julien servira jusqu'à son décès de prête-nom à l'entreprise pour éviter que cette dernière ne soit saisie en raison des Lois raciales en vigueur.

(Sur le cliché Henri est à droite et Lazare à gauche, ces documents nous ont été aimablement communiqués par la famille Judenstein)

1921

Madeleine, la maman de Suzanne, décède le 25 juin, d'une maladie pulmonaire……Suzanne sera en partie recueillie par son oncle Eugène Lamotte et sa femme Louise. Ils sont eux-même parents d'une fille sensiblement du même âge que Suzanne : Raymonde. Ils résident 26, rue de l'Abbé Grégoire à Paris 6ème. (Raymonde, l'oncle Eugène et Suzanne en 1922)

(Ici, Raymonde et Suzanne à l'école, vers 1922.)

1923

Julien se remarie le 19 mai avec Mathilde Dhainaut. Le couple et Suzanne résideront 14, rue Sophie Germain dans le 14ème.

Julien continue de travailler comme employé aux écritures aux Etablissements Judenstein.

(Sur le cliché, Julien est le quatrième en partant de la droite, un cigare à la main. les lieux ont été identifiés comme étant la cour de l'hôtel de Saint Aignan, 71 rue du Temple, siège de l'entreprise Judenstein. Aujourd'hui, l'hôtel de Saint Aignan abrite le musée d'art et d'histoire du Judaïsme)

1943

Le 2 septembre, Julien décède à son domicile d'une longue maladie…..Il semblerait que sa mort ait été causée par un cancer intestinal.

(Souvenir manuscrit de Suzanne)

Souvenirs oraux

(C'est ce qu'il nous reste des souvenirs de Suzanne.)

Suzanne se souvenait bien que les dimanches, lorsque le temps était clément, la famille partait à pied, depuis la rue Sophie germain (14ème) pour aller sur les grands boulevards (9ème). Après avoir pris une boisson à la terrasse d'un “caf'conc” (café concert) ils rentraient avec le “tram” (tramway) ou encore avec l'omnibus, lorsque le temps était menaçant.

Julien, qui se disait volontiers “anti-militariste”, ne serait pourtant jamais resté couvert au passage d'un détachement de soldats. Son antimilitarisme ne l'empêchait pas, non plus, de porter au revers de son veston les décorations qui lui avaient été attribuées. De la même façon il n'hésitait pas à se lever dès potron minet, le 14 Juillet, pour aller voir la mise en place du défilé et bénéficier ainsi d'une bonne place pour applaudir la troupe qui défilait.

Julien affectionnait particulièrement de se rendre dans les jardins publics pour y entendre les orchestres qui se produisaient sous les kiosques comme il en était d'usage à cette époque.

2002

Julien Eck sera inhumé, avec Madeleine et Mathilde au cimetière de Ramoulu (où repose une grande partie de la famille Pommereau). C'était une démarche que Suzanne avait particulièrement à coeur à et qu'elle voulait voir réalisée avant sa propre mort.

personnes/julien-eck/bio.txt · Dernière modification: 19/04/2016 20:56 par jc